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vendredi 13 avril 2018


CHAPITRE 19 : DES RÉVOLUTIONS TRANQUILLES, 
PARTIE 2 : LE CONCILE ŒCUMÉNIQUE VATICAN II, POST #2 : LE SACRIFICE ?

L’exode des fidèles qui a suivi le concile Vatican II n’a été qu’une prise de conscience devant leur système religieux qui ne leur inspirait plus confiance. Ils ont réalisé qu’une religion peut paraître séduisante, mais qu’ignorer son histoire et son passé, rendait les croyants vulnérables à ses charmes.

À part avoir précisé dans le Credo quelques vérités fondamentales de la foi chrétienne, les 21 conciles œcuméniques qui ont eu lieu depuis l’année 325, ont introduit au fil des ans de nouvelles croyances qui sont demeurées dans les doctrines de l’Église par la suite : en 431 le culte à Marie; 786 le culte des reliques; 998 le jeûne du vendredi; 1190 la vente des indulgences; etc. L’Église catholique s’est éloignée petit à petit de l’enseignement de la Bible pour s’attacher à la tradition religieuse comme le faisaient les Israélites du temps de Jésus.

Pour cette Église, la messe et la célébration eucharistique sont au cœur de leur religion. Pour elle, le sacrifice de la messe serait exactement le même que celui de Jésus à la croix. D’après leurs dogmes, toute l’Église est associée au sacrifice de la croix qui se déroule à l’autel : Jésus-Christ, le pape, l’évêque, le prêtre, les membres vivants, les fidèles décédés parvenus au ciel, les morts encore au purgatoire et tous les saints et saintes. La Vierge Marie serait aussi associée au sacrifice de la messe en tant que mère de Jésus, mère de Dieu, mère de l’Église et « nouvelle Ève », qui serait née sans péché et qui n’aurait jamais connu la mort.

Tous les jours dans le monde, des milliers de prêtres répètent, à chaque célébration de la messe, ce même sacrifice de Jésus. Quand le prêtre consacre les hosties, elles seraient transformées en son corps et son sang selon leur croyance. En prenant la communion,  les fidèles recevraient le corps de Jésus.  Selon le récit des évangiles, il est écrit que Jésus-Christ s’est offert lui-même en sacrifice et qu’il est mort sur la croix pour les péchés du monde entier.

Mais, le sacrifice de Jésus était tellement immense et parfait, qu’un seul sacrifice était suffisant et qu’il n’était pas nécessaire de le répéter. Selon Hébreux 10.12 : «...tandis que Christ, après avoir offert un seul sacrifice pour les péchés, s'est assis pour toujours à la droite de Dieu » son père. Et dans Hébreux 10-18 « Or, là où il y a pardon des péchés, il n'y a plus à présenter d'offrande pour le péché. »

Le message de la Bible n’est pas une religion et il est beaucoup plus simple que toute théologie humaine : « Aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur qui est le Messie, le Seigneur. » « En effet, Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » Lc 2.11 et Jn 3.16-17.

Anita DeMers

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vendredi 6 avril 2018


CHAPITRE 19 : DES RÉVOLUTIONS TRANQUILLES, 
PARTIE 2 : LE CONCILE ŒCUMÉNIQUE VATICAN II, 
POST #1 : PERTE DE CONFIANCE

Au début des années 1960, la participation des fidèles aux offices catholiques était grande. Personne n’osait abandonner leur religion. Les vocations étaient en hausse partout. Cependant, avec la Révolution tranquille, de plus en plus de familles quittaient la campagne et leur paroisse ecclésiastique pour aller vivre dans les grandes villes où elles devenaient anonymes. Les comportements sociaux changeaient et les gens délaissaient leur pratique religieuse.

On constatait partout une baisse de la ferveur spirituelle des fidèles, au Québec comme ailleurs dans le monde. Certains dirigeants catholiques semblaient déconnectés de la réalité de ce que vivaient, au jour le jour, les simples citoyens. Ils continuaientt à construire des églises somptueuses et à vouloir contrôler dans tous les domaines. D’une part, les femmes revendiquaient le droit de se faire instruire elles aussi et d’avoir les mêmes droits que ceux des hommes dans la société. Aussi, les groupes sociaux et les syndicats abandonnaient leur orientation catholique pour devenir neutres. D’autre part, les médias de masse véhiculaient plein d’idées nouvelles, mais pas toujours en accord avec les valeurs traditionnelles de l’Église.

C’est à cette période que le pape Jean XXIII a annoncé la tenue d’une « mise à jour » du catholicisme : le concile oecuménique Vatican II. Le dernier concile des évêques remontait à près de 100 ans. Avec Vatican II, Jean XXIII voulait stopper l’exode des fidèles qui, un peut partout sur la planète, désertaient son Église. Il désirait la moderniser, renouveler ses rites religieux et redorer son image d’institution jugée archaïque. Toutes ces intentions de changement ont créé beaucoup d’attentes chez les fidèles. Au mois d’octobre 1962, le concile s’est ouvert sous la direction de Jean XXIII. Huit mois plus tard, il décédait.

Paul VI a poursuivi les travaux jusqu’à la fin du concile en décembre 1965. Quand les premières réformes ont été connues des fidèles pratiquants, ce fut une immense déception pour l’ensemble. Plusieurs doctrines que l’Église jugeait essentiel et obligatoire de pratiquer sous peine de péché mortel avant ne l’étaient plus maintenant. Exemples avant : aller à la messe le dimanche et les jours de fête; ne pas manger de viande le vendredi; jeûner pendant le carême, faire ses Pâques, etc. Nous étions tous convaincus que ces règles strictes étaient des exigences de la Bible.

Un autre exemple : avant le concile, plusieurs saints et saintes étaient vénérés et faisaient partie du calendrier liturgique. Avec le concile, plusieurs d’entre eux ont été retirés de la liste, car on doutait de leur existence ou, même, de leur dignité comme saint. Nos grand-mères ont dû faire le ménage dans leurs dévotions pour leurs saints préférés. Aussi, quels chocs démographiques pour toutes ces villes, villages, paroisses, rues et bâtiments qui portaient des noms de saints déchus ou inexistants. Aussi, les changements de noms ont donné bien des maux de tête aux registraires de l’état civil et aux généalogistes familiaux pour changer ces noms.

Le concile Vatican II a troublé beaucoup de pratiquants. Comment des choses absolument vraies hier étaient-elles devenues fausses tout à coup ? Comment des actions sacrées hier étaient-elles devenues banales aujourd’hui ? Tous ces revirements radicaux créaient de la confusion dans l’esprit des gens qui croyaient obéir à Dieu. En réalité, ils avaient suivi des commandements d’hommes. Ils constataient qu’ils ne pouvaient plus faire confiance en leur Église et en ses dirigeants qui les avaient induits en erreurs, soit avant, soit après le concile. Le pape pouvait s’être déclaré infaillible en 1870,  mais les contradictions entre les pratiques du passé et celles du présent, entre les doctrines de la Bible et celles de l’Église, démontraient le contraire.

Anita DeMers

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samedi 24 mars 2018

CHAPITRE 18 : DES RÉVOLUTIONS TRANQUILLES – PARTIE 1 : POLITIQUE
POST #4 : L’EXPO 67

Jean Lesage et son gouvernement désiraient faire connaître notre société distincte et francophone au monde entier. Ils ont établi des relations diplomatiques internationales en ouvrant des délégations générales du Québec à Paris, à Londres et à New York. Quand le maire de Montréal, Jean Drapeau, a proposé de tenir une exposition universelle, Jean Lesage a vu là une occasion en or de faire rayonner le Québec au monde entier et le monde entier aux Québécois.


Plus de 28 millions de tonnes métriques de terre et de gravier ont été excavées du sous-sol de Montréal pour construire le métro, puis utilisées pour agrandir l’île Ste-Hélène et pour créer l’île Notre-Dame afin de réaliser le site de l’Expo 67. Sur ces nouveaux espaces récupérés du fleuve Saint-Laurent, on y a construit quelque 90 pavillons de 62 pays et 28 avec des thèmes particuliers. Entre le 27 avril et le 29 octobre 1967, il est venu à Montréal 50 millions de visiteurs qui ont pu constater avec étonnement le savoir-faire des Québécois en ingénierie, en architecture, en design industriel et graphique, en médias audiovisuels et en mode vestimentaire.




Un des pavillons privés qui a été très populaire à Expo 67 a été celui des « Sermons de la Science ». L’objectif du promoteur était de démontrer aux spectateurs que la nature et la science nous parlent de l’existence d’un créateur divin. Toutes les 30 minutes, on diffusait, simultanément en 7 langues, un des 30 films de l’institut scientifique Moody. Ces films à succès avaient été présentés quelques années auparavant aux expositions universelles de Seattle et de New York. Durant les 6 mois de l’expo de Montréal, 840 000 visiteurs ont assisté aux représentations générales, et 260 000 d’entre eux ont poursuivi leur réflexion spirituelle en écoutant un exposé sur Jésus-Christ.

Quand Expo 67 s’est terminé, le pavillon des « Sermons de la Science » devait être démoli avec tous les autres. Mais, la ville de Montréal a décidé de continuer l’exposition sous le nom de « Terre des hommes ». À la surprise des organisateurs du pavillon des « Sermons de la Science », le maire Jean Drapeau a acheté la bâtisse et leur a revendu pour 1,00 $ à la condition que la diffusion des films continue. Le maire Drapeau a déclaré : « L’homme possède un cerveau, mais aussi un cœur dont les besoins doivent être comblés ».

Les activités au pavillon ont continué pendant 8 ans. Direction chrétienne qui pilotait les opérations durant toutes ces années, estime à 1,5 million, le nombre de Québécois francophones qui ont été rejoints par ce ministère. On peut dire que la décennie 1960-70 a été, pour la province de Québec, une ère de grande effervescence sur les plans économique, social, culturel et spirituel.

Anita DeMers

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mercredi 14 mars 2018


CHAPITRE 18 : DES RÉVOLUTIONS TRANQUILLES – PARTIE 1 :  POLITIQUE
POST #3 : LA PREMIÈRE FEMME DÉPUTÉE AU QUÉBEC

L’avocate Marie Claire Kirkland-Casgrain fut la première femme élue députée à l’Assemblée législative du Québec le 14 décembre 1961 et réélue en 1962.  À son entrée au parlement, les autres députés masculins étaient bien plus préoccupés de savoir si elle devait porter le petit chapeau féminin traditionnel, que de connaître ses idées sur la condition des femmes mariées dans la province. En effet, le règlement parlementaire stipulait que les femmes qui assistaient aux débats de la chambre devaient porter un « bibi » en signe de respect pour cette assemblée entièrement « masculine ». Heureusement, le secrétaire de la chambre a jugé bon de ne pas appliquer ce règlement à la nouvelle députée.


En 1964, Jean Lesage a nommé Marie Claire Kirkland-Casgrain ministre des Transports et des Communications, devenant ainsi la première femme à occuper un poste de ministre au sein du gouvernement. Pendant qu’elle était en fonction, elle a présenté et fait adopter le projet de loi 16 qui accordait à la femme mariée les mêmes droits que ceux de son mari. Avant la loi, une fille majeure avait les mêmes droits qu’un homme, mais, dès qu’elle se mariait, elle perdait tous ses droits au profit de son mari. Elle ne pouvait pas signer de contrat, ouvrir un compte à la banque ou acheter une maison sans son consentement. Elle lui devait obéissance comme un enfant mineur doit soumission à ses parents. Avec la nouvelle loi, l’épouse conservait tous ses droits de fille majeure et gardait l’entière responsabilité civile et financière sur ses biens, ainsi que le droit d’exercer une profession sans l’autorisation de son mari.

Claire Kirkland-Casgrain a occupé également les postes de ministre du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche, puis ministre des Affaires culturelles dans le cabinet Bourassa. Elle a même été Première ministre intérimaire pendant un certain temps. Mme Kirkland-Casgrain a été la seule femme élue au parlement jusqu’en 1973, année où elle a été nommée juge à la cour provinciale. Dans une entrevue accordée à Châtelaine le 3 mars 2016, elle confiait : « ...étant la seule femme, j’étais obligée de surveiller mes moindres gestes ».

Cette femme audacieuse et visionnaire est aussi à l’origine du Conseil du statut de la femme. En 2001, elle a été la première dame à recevoir la médaille du Président de l’Assemblée nationale, la plus haute distinction accordée à un parlementaire pour souligner la valeur exceptionnelle de son travail. À son décès survenu le 24 mars 2016, elle a été également la première à avoir des funérailles nationales.

Nous, les Québécoises, célibataires ou mariées, nous devons beaucoup à Marie Claire Kirkland-Casgrain. Grâce à cette femme téméraire et courageuse, nous sommes maintenant considérés légalement comme des adultes autonomes et responsables.

Anita DeMers

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Bibliographie additionnelle :
- Marie-Claire Kirkland-Casgrain (1924-2016), Biographie, Assemblée nationale du Québec;
- Claire Kirkland-Casgrain : un monument, Le Devoir, 2 avril 2016, par Fatima Houda-Pépin;
- Qui était Claire Kirkland-Casgrain? Châtelaine, 31 mars 2016, par Mylène Tremblay;
- Marie-Claire Kirkland-Casgrain, Wikipédia français, mise-à-jour 17 janvier 2018


Claire Kirkland-Casgrain / Photo Archives Le Devoir

vendredi 9 mars 2018


CHAPITRE 18 : DES RÉVOLUTIONS TRANQUILLES – PARTIE 1 :  POLITIQUE - POST #2 : « MAÎTRES CHEZ NOUS »

Selon une étude de l’économiste Pierre Fortin présentée à la Grande Bibliothèque dans le cadre de conférences portant sur « La Révolution tranquille, 50 ans d’héritages », la situation économique des Canadiens français du Québec en 1961 n’était guère mieux que celle des noirs américains. Pierre Vallières avait-il raison de nous appeler « les nègres blancs d’Amérique » ?

Les hommes noirs américains complétaient en moyenne 11 années d’étude et les Québécois francophones, 10 années; les noirs gagnaient 54 % du salaire des blancs, les Québécois francophones, 52 %. Sous Duplessis, faute d’investissements appropriés, l’économie de la province avait pris un sérieux retard. Les infrastructures provinciales étaient déficientes en santé, en éducation, en culture et en transport. Les emplois étaient rares et la sous-scolarisation des travailleurs n’aidait pas. La dette par habitant était moins élevée, mais le Québec souffrait d’un retard de développement et était limité dans sa croissance.

Jean Lesage écrivait avec justesse : « Notre province de Québec a des traits particuliers, un caractère propre qu’il est de son devoir de sauvegarder et qu’elle a le droit de mettre en valeur. » En plusieurs occasions, il a exprimé l’opinion que le Québec est une société distincte par sa langue et sa culture. C’était ces principes qui guidaient les actions du gouvernement de Jean Lesage. Selon lui, il était essentiel que le Québec contrôle lui-même son développement et son économie, et non des intérêts financiers et religieux particuliers.

C’est là que l’expression « Maîtres chez nous » a pris tout son sens. La première étape de cette prise de contrôle par le gouvernement a été la nationalisation de 11 compagnies privées d’électricité. La publicité disait : « Le plus grand réservoir d’électricité au monde est chez nous, au Québec. C’est l’électricité qui éclaire nos foyers et nos fermes. C’est l’électricité qui est la source d’énergie des usines, créatrices d’emplois. Il nous faut être complètement propriétaires de cette source d’énergie pour la gérer au meilleur intérêt du Québec. »

En 1962, Lesage n’avait que la moitié de son mandat d’accomplie quand il a déclenché de nouvelles élections. Il voulait consulter la population sur les réformes proposées et entreprises. Deux mois plus tard, son gouvernement était réélu avec un nouveau mandat de 4 ans et une majorité plus grande encore. De 1960 à 1966, le gouvernement Lesage avec son « équipe du tonnerre » a fait faire un 180 au Québec. Quelque 38 réformes majeures touchant le réseau scolaire, la santé, la culture, l’économie ainsi que divers ministères du gouvernement ont été mises en place. Pour faire rayonner la langue française et la culture québécoise, Jean Lesage a créé l’Office de la langue française et le ministère des Affaires culturelles.

En 1966, la population, étourdie par la rapidité des changements gouvernementaux et apeurée par les taxes, n’a pas réélu l’équipe libérale de Jean Lesage. Les 3 gouvernements qui ont suivi jusqu’en 1976, même ceux de l’Union nationale, ont choisi de continuer les réformes entreprises par l’équipe de Jean Lesage. En 15 ans, le visage du Québec a radicalement changé. Durant cet intervalle de temps, plus d’une cinquantaine d’organismes ont vu le jour, dont plusieurs ont plus de 50 ans d’existence aujourd’hui. C’est aussi à cette époque que nos concitoyens ont connu réellement la liberté de conscience ainsi que la liberté de la pratique religieuse de leur choix.

Anita DeMers

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Pierre Fortin, Université du Québec à Montréal, 11 mai 2010
La Révolution tranquille et l’économie : où étions-nous, qu’avons-nous accompli, que nous reste-t-il à faire ? http://www.economistesquebecois.com/files/documents/at/35/txt-membres-du-cpp-pierre-fortin-11-mai-2010.pdf

Que signifie la devise du Québec « Je me souviens » ? Selon Wikipédia...






vendredi 2 mars 2018


CHAPITRE 18 : DES RÉVOLUTIONS TRANQUILLES – PARTIE 1 :  POLITIQUE 
POST #1 : « C’EST L’TEMPS QU’ÇA CHANGE »

Le 7 septembre 1959, Maurice Duplessis meurt des suites d’une hémorragie cérébrale. Paul Sauvé lui succède. Après 113 jours au pouvoir, il décède à son tour d’une crise cardiaque. Antonio Barrette le remplace. Mais, avec le scandale de corruption du «gaz naturel» qui planait sur le gouvernement de l’Union nationale, et avec la grogne de la population qui réclamait une réforme de la société, Barrette a décrété des élections générales.

Jean Lesage, chef du parti libéral,  et son «équipe du tonnerre», se sont lancés dans la course. Ils s’étaient préparés depuis longtemps à cet affrontement. Durant la campagne électorale, ils proposaient une nouvelle identité pour le Québec. Tous les domaines d’activité de la province avaient été analysés et des correctifs majeurs étaient proposés. Leurs slogans «C’est l’temps qu’ça change» et «Maîtres chez nous» étaient bien reçus par la population. Jean Lesage et le parti libéral ont remporté les élections de 1960.


Toute une «génération silencieuse» et leurs adolescents «baby-boomers» voyaient bien ce qui se faisait au pays et ailleurs. Ils espéraient vivre, eux aussi, dans une société plus contemporaine où les hommes et les femmes auraient les mêmes droits. La priorité du nouveau gouvernement provincial fut de retirer à l’Église les rôles qui devaient être joués par l’État et de réduire au maximum les inégalités sociales et économiques en éducation, en santé et en services sociaux. On voulait une société plus juste pour tous même si on devait apporter des changements importants dans le fonctionnement du gouvernement.

Les autorités de l’Église catholique n’approuvaient pas ces réformes politiques et sociales mises de l’avant par l’équipe de Jean Lesage. Selon les évêques, les nouvelles orientations des libéraux étaient trop révolutionnaires et rimaient avec «enfer». L’Église estimait que son organisation religieuse était supérieure à tout gouvernement civil et qu’elle devait siéger au-dessus de lui. Selon elle, il lui appartenait de diriger les principaux domaines de la vie des individus telles l’instruction et la santé.

En perdant le contrôle sur l’éducation, l’Église catholique savait qu’elle ne pourrait plus endoctriner systématiquement les enfants dans sa religion. Cela allait créer une ouverture à la liberté de croyance et une baisse de son autorité. Mais Jean Lesage et son gouvernement estimaient que la société québécoise ne devait plus être régie selon les règles de l’Église catholique et des communautés religieuses. Ils estimaient aussi que l’économie du Québec ne devait pas être gérée au gré des grosses compagnies étrangères.

Anita DeMers

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jeudi 22 février 2018


CHAPITRE 17 : LA FIN D’UN LONG « MOYEN ÂGE »
POST #4 : DUPLESSIS, LES INDUSTRIES ET LES SYNDICATS.

De 1944 à 1959, Maurice Duplessis, comme premier ministre, cherchait à attirer au Québec de grandes compagnies américaines et canadiennes à qui il cédait nos ressources naturelles à bon marché. Ces industries étaient souvent renommées pour leurs pratiques patronales intransigeantes avec les travailleurs.

Aussi, pour soutenir ces entreprises dans leur répression et briser le mouvement syndical de plus en plus populaire à cause de l’industrialisation, Duplessis faisait adopter par son gouvernement des lois contre les syndicats. Il n’aimait pas ces syndicalistes qu’il associait sans discernement aux communistes comme il faisait avec les groupes religieux. Selon lui, les chefs syndicaux se mêlaient trop de la gestion des usines à la place des patrons et pas assez du travail à accomplir sans rechigner par les employés. Duplessis n’hésitait pas à se servir de sa «loi du cadenas» pour fermer les syndicats qu’il jugeait trop exigeants envers les employeurs.

Dans la région d’Asbestos, il y avait de plus en plus de tension entre les patrons de la Johns Mansville et les employés qui en avaient assez de respirer la poussière d’amiante à longueur d’années. La compagnie faisait la sourde oreille à leurs revendications pour des conditions de travail plus salubres, une minime augmentation salariale (0.15$/heure) et quelques autres clauses. Le 14 février 1949, après d’intenses négociations qui n’ont rien donné, ce fut un arrêt de travail complet pour 5 000 travailleurs dans les 4 mines d’amiante.

Duplessis a fait déclarer la grève illégale. Après 6 semaines, la compagnie a engagé des briseurs de grève (scabs). Le cycle de la violence s’est installé rapidement. Il a proclamé la loi de l’émeute et il a envoyé 200 policiers à Asbestos pour mater les travailleurs en grève et faire des arrestations. Pendant leur séjour dans la ville, les policiers intimidaient les grévistes et les citoyens qui les appuyaient. Ce fut la répression policière du « jeudi sanglant » qui a scandalisé tout le pays et le monde entier.

 «La grève de l’amiante éclatait il y a 60 ans», F. Gougeon, La Tribune, 13 février 2009

Certains prêtres catholiques appuyaient leurs paroissiens dans leurs revendications pour obtenir de meilleures conditions de travail. Même l’archevêque de Montréal, Mgr Charbonneau s’est prononcé en faveur de la grève. Certains n’ont pas apprécié le soutien et l’aide matérielle que ces membres du clergé avaient apportés aux grévistes. L’église catholique d’Asbestos a été saccagée. Et, sous la pression de Duplessis et des autres évêques québécois, le pape Pie XII a contraint Mgr Charbonneau à démissionner; il l’a remplacé par le cardinal Léger.

Les syndiqués qui avaient fait la grève n’ont pratiquement rien obtenu de leurs revendications. Plusieurs travailleurs n’ont pu recouvrer les emplois que les briseurs de grève avaient pris à leur place. D’autres luttes syndicales ont eu lieu contre le gouvernement de Maurice Duplessis sans que ce dernier ne change sa ligne de conduite.

On a surnommé cette période de notre histoire « La Grande Noirceur ». Moi, je trouve que c’était aussi la fin d’un « Long Moyen Âge » car le Québec était retourné quelques siècles en arrière.

Anita DeMers

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Policiers devant la Johns Manville - Société d'histoire de Sherbrooke

Souvenirs de la grève d'Asbestos - Youtube